Page:Harvey - Les armes du mensonge, 1947.djvu/25

Cette page a été validée par deux contributeurs.

pays d’abondance et de tolérance, leur faisaient oublier — peut-être trop vite — les misères, les persécutions, les classes sociales, les vengeances politiques et les terreurs qu’ils avaient connues chez eux. S’ils sont incapables d’apprécier des institutions qui leur permettent la jouissance de tant de privilèges, je me demande pourquoi ils ne se sont pas réfugiés en pays soviétique ou du moins chez les satellites du Kremlin, telles la Pologne, la Yougoslavie et la Bulgarie. Là du moins, en récompense de leur dévouement, on leur aurait fait partager la misère générale.

Au cours de l’année dernière, une jeune européenne qui se glorifiait d’avoir été de la Résistance pendant l’occupation allemande, séjournait temporairement au Canada. Elle était jolie, parlait beaucoup et avait une haute estime d’elle-même. Le plus jeune de mes fils avait dessiné sur un carton, pour s’amuser, les têtes de Churchill, de Roosevelt et de Staline, et il expliqua à cette jeune fille que c’était son intention d’inviter les trois hommes d’État, même le défunt, à un grand « party ». Alors elle lui dit :

— Ah ! il faut inviter papa Staline.

Je n’oublierai jamais l’air extatique que prit la soi-disant résistante pour prononcer le nom du généralissime. Les chefs de l’Angleterre et des États-Unis n’existaient point pour elle. C’est en Amérique qu’elle avait eu le plus d’argent, de cadeaux, de bijoux et de bifteck, mais son cœur appartenait à un pays et à des êtres qu’elle n’avait pas connus et qu’elle n’avait probablement pas envie de connaître de près. On la sentait envoûtée depuis longtemps par une propagande présentée sous forme de religion des temps nouveaux. Son petit cerveau était incapable de comprendre. Et je pensai à des multitudes d’autres, ses pareils, que les agents du mensonge avaient, des années durant, habitués à s’enthousiasmer pour des absurdités et à repousser les vérités les plus simples.

À ce sujet, il convient de rappeler au gouvernement canadien que, dans sa politique d’immigration, il est de son devoir de tenir compte des maladies morales aussi bien que des maladies physiques. J’appelle maladie morale cette sorte de fièvre rouge qui plonge certains esprits dans une

— 23 —