Ouvrir le menu principal

Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/402

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le soleil leur plombait l’échiné.

Ils avançaient, avec leurs rêves assoupis.

Arsemar s’était calmé, sous le poids du jour.

Georges disait :

— J’ai tout éprouvé, je n’ai rien trouvé.

Et Pierre :

— J’ai cru tout fait ; rien n’était fait.

Il méditait, en regardant les deux oreilles du cheval las, qui oscillaient de bas en haut dans la cadence pénible de leur ascension.

Des sentiments confus dorment sourdement dans notre âme, sans qu’elle ose seulement se méfier des occasions qui les font naître. Quelque jour, on imagine qu’ils pourraient exister, et c’est la première marque qu’ils existent. On n’en voit d’abord que le côté irréalisable, dangereux, criminel. La conscience en écarte paisiblement la pensée, comme on renvoie de la main la fumée d’un cigare, et les oublie. Le temps va : ils incubent ; la confiance en soi-même fait autour d’eux une paix d’ombre où s’abrite leur éclosion ; ils bougent : l’âme qui les sent frémir se rassure dans sa force, et ne s’en trouble pas plus que d’un rêve après le sommeil ; ils grandissent : on sent qu’ils sont là, et l’habitude leur fait un lit. Combien de temps encore ? Ils se lèvent, on prend peur : ils ont la voix d’un maître et la brutalité d’un bourreau, et tout se tait pour eux quand leur jour est venu de crier : « Me voilà. »

— Mourir ! Finir !

L’idée du suicide était en lui.