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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/389

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Il partagea ce temps de la maladie entre les soins à donner, la douleur d’apprendre, et l’examen de sa conscience : les sursauts de colère dont il fut parfois secoué au passage des phrases qui narraient l’adultère, n’invectivaient que la traîtresse épouse ; dans l’ami qui se tordait là, Pierre ne voyait plus que la double victime d’une femme astucieuse et d’un homme cruel.

Il constata la sécheresse intellectuelle où sa raison était froidement descendue, et la sécheresse de cœur qui par degrés l’avait gagné. Ce regard attentif sur le méprisable moi qu’il avait pris occupa toutes ses heures ; et dès que Georges pouvait s’assoupir, Pierre, au lieu de dormir, méditait. Il comprit nettement une vérité qu’il avait entrevue par instants, mais à laquelle il s’était résigné, sous l’excuse d’une lâche impuissance : comme d’un compagnon seulement, il avait usé jusque-là du frère qui s’était livré sans réserve : dans le repentir, il lui rendit son cœur.

Lorsque Desreynes recouvra la raison, il ne se souvint pas d’abord ; il contempla la chambre, et Arsemar, avec une longue curiosité, qui lentement se fit inquiète, puis effrayée, quand la mémoire se précisa. Pierre s’approcha du chevet.

— Ami, dit-il, c’est moi…

Georges fixa sur lui ses grands yeux ronds, et, d’une voix faible, rassemblant son âme en deux mots, le passé, le présent, liant dès le réveil son remords et sa reconnaissance, il murmura : « Pardon… merci. »

Il se détourna vers le mur.