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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/370

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qu’elles sont mystère, et qu’elles mentent, même peintes ! Oh, ce front pâle, ce front lisse, l’infranchissable mur, le mur plâtré, le sépulcre blanchi ! Dire que l’homme ne verra jamais ce qui se cache derrière ce mur-là !

Georges répondit en riant :

— On ne connaît bien les yeux d’une femme que lorsqu’on les a vus fermés.

Pierre rit aussi ; mais soudain, ils s’interrompirent : tous deux pensaient à l’adultère.

Arsemar éprouvait souvent ces crises de brusque jalousie : il les éprouvait presque régulièrement, lorsqu’il voyait Georges marcher silencieux devant lui, et qu’il pouvait regarder le coupable sans l’entendre ; mais il les chassait de sa pensée avec une hauteur froide, parce qu’il plaisait à son récent état d’esprit de répudier toutes les émotions bonnes ou mauvaises dont sa vie avait été faite : systématiquement, et avec une volonté grommelante, il s’attachait à détruire tout son passé. Non pas pour moins souffrir, mais pour détruire. Et lorsque l’ancien moi exhalait un reproche du cœur, il le faisait taire en se violentant d’injures.

Le changement moral s’était, depuis bien des jours, étendu au physique ; le masque était plissé, le regard dur ; l’œil lançait même une menace, dans l’affirmation de certains aphorismes cruels qui autrefois eussent révolté ce même homme.

Georges se tourmentait de voir un bouleversement