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Pierre cadraient généralement avec les siennes, à cause de leur allure hautaine, méprisante, et quelquefois hargneuse.

Il résulta de cette entente une facilité plus grande pour atteindre à la vie commune et à la paix : si tant d’obstacles entre eux gênaient l’expansion des tendresses, rien ne s’opposait à la sympathie des idées, et l’on causait avec plaisir.

Plus on causait, plus on s’éloignait du passé.

Arsemar était satisfait de posséder près de lui une intelligence qui correspondait si exactement à la sienne, et qui, sur chaque assertion, renchérissait d’un mot piquant ; ce qui l’avait tant de fois chagriné dans son ami, jadis, le rapprochait maintenant de lui plus que toute autre chose ; ils éprouvaient, à s’entendre parler, un étonnement réciproque et satisfait ; on eût dit qu’ils faisaient la découverte l’un de l’autre ; une camaraderie de tête semblait vouloir remplacer l’attachement des cœurs.

À cette époque de leur vie, Georges, qui, jusque-là, dans l’apport de leur amitié, avait rendu moins qu’il ne recevait, fut au contraire le plus donnant, car son affection paraissait grandir à mesure que celle de Pierre glissait dans l’égoïsme du malheur : Desreynes se rendait compte de ce double état, aussi bien qu’il avait su naguère apprécier l’infériorité de son dévouement. Mais il n’en concevait ni vanité pour lui ni blâme contre Pierre.

Il suivait Arsemar, avec la constante attention de