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cœur savourait, à souffrir, des voluptés expiatoires.

Qui dira si cette joie religieuse de s’offrir en holocauste aux conséquences de notre crime n’est pas le rappel le plus noble de l’égoïsme humain, qui, dans les abnégations, cherche l’espérance et le droit de se pardonner à lui-même le mal qu’il a commis ?

N’importe : le double sentiment de justice et de douceur, qui avait été jadis l’essence même du caractère d’Arsemar, était passé en Georges à mesure qu’il quittait celui-là : il semblait qu’ils eussent échangé leurs deux âmes.

Desreynes ne songeait que rarement à celle qui les avait menés à ce point de misère : il avait alors contre elle et toutes les femmes des haines rapides ; contre l’amour aussi, qui brouille la terre, empoisonne les âmes, enrage la vie. — « Qu’est-ce que j’ai fait, en somme ? » Les paradoxes de Mme de Warens revenaient parfois plaider pour lui contre lui-même, et péroraient avec une triomphante véracité.

Mais un tel syllogisme, excusable chez Desreynes, eût été ignominieux chez Arsemar : Pierre le connut pourtant.

— Une minute d’oubli, mais ils ne s’aimaient pas ! Dois-je rester damné pour une minute d’oubli ?

Il la désirait trop, sa femme !

Il allait de la chambre des étreintes à la gondole des sourires : entre elles deux il partageait ses heures ; en elles deux il surchauffait sa fièvre, et dans une perpétuelle consomption attisait ses rêves d’amour.