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ou frissonnant de plaisir au seuil noir d’un cachot ; à table, elle s’asseyait ici ; à la Salute, elle s’était agenouillée près de cette colonne, et longtemps il l’avait admirée dans sa prière ; à la maison des Jésuites, combien elle avait ri, lorsque le gardien ivre s’était réveillé dans son petit coin d’ombre, pour venir, en trébuchant, leur expliquer les tableaux de Véronèse et du Titien, qu’il touchait du bout de sa canne, comme à la foire… — « Già é ! » Elle aimait tant le cri des poppes ! Le Coleone l’avait enthousiasmée. Chaque matin, elle apportait des graines de maïs aux pigeons de la place, qui descendaient vers elle d’un long vol courbe et gracieux, et s’agriffaient à ses bras souples, battant des ailes, piquant leurs jolis becs rouges dans son gant de suède jaune, puis voletant, et tournoyant sur sa tête si chère, comme une vivante auréole d’amour. Chaque soir, elle allait s’éblouir aux reflets du soleil couchant qui cuivre les larges vitraux de Saint-Marc, et flambe comme un incendie parmi les dentelles de marbre…

Chaque matin, Pierre revenait apporter des graines de maïs aux pigeons de la place, et chaque soir revenait s’éblouir aux reflets du soleil couchant, seul.

Oh, l’indifférence des choses, qui gardent leur vie sereine, quand nous avons perdu de la nôtre tout ce qui nous les rendait précieuses ! N’est-ce pas Elle, là-bas ? Elle s’asseyait ainsi dans les gondoles, à son côté, et derrière eux ils entendaient l’effort rythmi-