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davantage ; mais il renonça bientôt à ce labeur, — c’en était un, — et revint seul parmi les roches : son remords lui resta.

Un jour, il trouva dans sa grotte les traces d’un foyer rustique : les enfants qui l’avaient construit revinrent, et allumèrent un grand feu de goémons ; ils riaient en cachette de voir ce solitaire suffoquer dans la fumée jaune ; il se retira sous la pluie qui tombait, fine et pressée. Chaque jour, ils arrivèrent à l’heure précise, pour la même fête, avec le même plaisir de tourmenter, haineux et déjà hommes. Pierre, à la fin, protesta sans se fâcher ; les enfants, fils d’un riche épicier nantais, l’insultèrent. L’averse continuait à tomber. Arsemar s’en allait sous l’orage, et quand il était fatigué de son chemin sur les galets glissants, il se réfugiait dans l’anfractuosité d’un roc ; la pluie trempait ses vêtements, lui fouettait le visage et l’aveuglait. Il passait ainsi des heures moroses, le reclus, et sans bouger, il contemplait l’Océan gris sous les nues grises : l’eau du ciel piquait les flots ternes, avec un crépitement confus, et sur l’immense nappe s’étalait comme un brouillard lourd ; la mer était toute mouillée.

Elle devint bientôt impraticable aux matelots ; Pierre et Georges restèrent ensemble ; ils usaient les journées au coin du feu, dans la cuisine où la cabaretière donnait à boire aux mariniers. Les heures étaient si lentes, et l’on ne disait rien ! Pour s’oublier l’un l’autre et s’oublier eux-mêmes, ils se mêlaient vo-