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— Mon Pierre, que tu es bon ! Tu es trop bon ! Es-tu donc un homme ? Grand dieu, pourquoi faut-il que tu aies rencontré deux êtres comme nous !

Pierre l’interrompit : il ne pouvait entendre ainsi blasphémer ceux qui lui demeuraient chers.

La soirée s’écoula dans les épanchements plus libres d’une tendresse qui s’était longtemps contenue. Même, on osa parler d’Elle : Pierre avoua combien il l’aimait, malgré tout, et comment tout son être restait possédé d’Elle seule. Il épanchait sa vie dans la seule conscience qui fût encore ouverte à la sienne. La pensée qu’il parlait à l’auteur de son mal ne lui vint que pour atténuer la peinture de ses souffrances, afin de ne pas l’écraser, lui aussi, d’une trop lourde peine.

Georges conclut que la souffrance était devenue moins acerbe, puisque son pauvre ami pouvait maintenant la lui dire. Il s’en trouva soulagé, sans que pourtant son remords en fût moindre.

Ils s’embrassèrent avant de se mettre au lit, et quand la bougie fut éteinte, ils continuèrent à deviser de mille choses, disant « bonsoir » et toujours reprenant leurs dialogues.

Le réveil fut moins heureux.

Ils s’étaient trop complaisamment attardés parmi la jouissance de leur misère, pour n’en pas conserver, quand l’expansion serait finie, un ressouvenir plus cuisant : dans la volupté de toucher leur blessure, ils venaient de l’aviver, et le charme des causeries ne se