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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/330

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— Elle ment !

Il le payait encore, le droit de la connaître, il le payerait toujours et trop chèrement, pour ignorer l’indifférence qu’elle n’avait cessé de rendre à ses tendresses ; il savait maintenant l’égoïste froideur et la ruse compliquée de cette femme, et s’il n’y voulait pas penser, la phrase d’amour l’y contraignait : l’adorer, il le pouvait, et ne pouvait s’en empêcher ; mais, la croire ! Il l’aurait pourtant bien voulu ; il l’essaya : non ! Une répugnance arrêtait sa candeur ; eût-il oublié le passé, cette ligne raide, sèche, exhalait, — pourquoi donc ? — une odeur d’imposture. Elle le repoussait malgré lui, et chaque fois qu’il tentait vers elle un nouvel effort de croyance, quelque chose en lui reculait, avec l’instinct pur des enfants, qui ne savent pas se fier aux mauvais hommes.

Georges venait de s’assoupir : deux plis profonds creusaient ses joues, d’où la jeunesse était partie. Celui-là n’était pas le coupable ! Une autre avait voulu la trahison, et, sur sa faute volontaire, posait volontairement une dernière hypocrisie.

Arsemar plia la lettre sans colère, et quand ce fut fait, la déchira très doucement ; il venait d’apprendre un péché de plus qui s’ajoutait aux autres ; il s’en peinait pour lui moins que pour elle, et la compassion empiéta sur l’amour. Il baissa la glace du wagon et pencha sa main au-dehors : il y pressait les menus morceaux du papier, et disait adieu à la dernière chose qu’il eût conservée d’elle ; enfin il desserra les