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que l’on bougeât tant autour d’eux. Leur âme, qui appartenait au néant, constatait le néant en tout ; tout leur dégageait l’inutilité des choses, des gens, et de la vie. Desreynes surtout, et plus que jamais, s’émerveillait devant la stupidité de ces corps pensants qui croient en leurs rôles et se bousculent dans le vide.

Pour la première fois, il voyait les femmes avec haine et les rendait solidaires du crime ; Arsemar, lui, les accompagnait sans émoi d’un œil presque curieux. Quand une les croisait, jolie, il se disait qu’elle était aimée, et qu’elle aimait, et qu’elle faisait un bonheur, un mensonge peut-être… Souvent il crut reconnaître la silhouette de celle qui n’était plus à lui ; il imagina le roman de sa rencontre, et souffrit en idée tout ce qu’il eût souffert de la réalité.

Le soir, ils quittèrent Paris.

Arsemar ne put résister davantage à la tentation d’ouvrir la lettre qu’il portait depuis plus d’un jour. Il la décacheta avec une lenteur timorée : accablerait-on Georges pour se faire une excuse ? Serait-ce une prière ou un défi, une tendresse ou une insulte ? Redoutant de trouver tout ce qu’il désirait, espérant tout ce qu’il craignait, il pesa longuement le papier dans ses doigts, puis, le lut tout d’un coup.

« Adieu. Je t’aime. Jeanne. »

Une ivresse d’amour le traversa, et tout son cœur se prit d’extase : mais le beau rêve dura peu.