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espéra qu’il achevait un songe… Non ! La victime était là, épave affalée !

— Misérable !

L’infantile douceur de son ami le plongeait plus avant dans l’horreur de sa faute, et parce qu’on ne lui reprochait rien, il se maudissait, sans chercher comme hier une lâche consolation dans sa colère contre la femme. Pourrait-on supporter sa présence, demain ?

L’avenir ? Le drame commençait à peine, et chaque jour, chaque heure allaient ballotter leurs deux âmes dans un tourbillon d’angoisses fluctuantes, au hasard, sans repos, toujours…

— Veux-tu que je te laisse dormir ? dit-il enfin.

Pierre accepta : car son mal venait de changer, et maintenant il souhaitait d’être seul.

Dans cette chambre où logeait son hôte, parmi ces meubles, au milieu de ces objets intimes, il éprouvait un malaise indéfini qui graduellement se précisa : devant Georges seul, il avait pu hors-mettre le coupable pour l’ami ; mais dans ce cadre de boudoir, mille riens indiquaient un homme : un homme, et ce n’était plus l’ami, mais l’autre !

Encore assis dans le fauteuil où on l’avait laissé, et la tête immobile, il regardait tour à tour les choses éparses ; celles qu’il fuyait le renvoyaient à d’autres, et chaque détail évoquait dans l’âme une image cruelle : là, elle était venue, là on l’avait désirée, là on avait rêvé d’elle, avant, après ; et ce lit, où peut--