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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/303

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Il attendait : ses genoux claquaient l’un contre l’autre.

— Ma femme !

Il regardait si intensément, là-bas, que des globes de clartés multicolores dansaient devant ses yeux.

— Quand elle sortira, je ne pourrai plus voir… la voir !

Pourrait-il rester là ?

— Mon Dieu, donnez-moi la force.

Qu’est-ce qu’une faute, qu’est-ce qu’un crime, devant l’amour ? Il l’adorait malgré tout.

Elle parut.

Il eut un éblouissement.

Il tendait son être entier dans un immense effort de la voir davantage : il s’emplissait d’elle.

Elle jeta sur le parc un coup d’œil circulaire : elle fit un pas et la voiture la cacha.

Derrière la cloison de cette boîte, elle était là ! Et lui ne la voyait plus.

— La force, par pitié…

Il sanglotait.

Puis, un choc. Épouvantablement, l’âme se cassa en lui, au choc de la portière fermée.

Il s’appuya contre un tronc d’arbre, et glissa avec lenteur, sur ses jarrets brisés, la tête pendante.

Le cocher cria, et les roues grincèrent sur le gravier.

Il entendit la voiture s’éloigner, et, par la pensée, la suivit à travers la courbe des allées : les vibrations sonores venaient à lui et faisaient dans l’air une chaîne