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Il est des natures mystiques, si raisonnables qu’elles soient en toutes choses, qui, sur un point, se ferment obstinément aux clameurs de la vérité, et les repoussent comme un blasphème qu’on est damnable d’écouter. Rares en nos siècles où se meurent les rêves et les cultes, ces âmes-là s’isolent dans une ombre et vêtent un masque pour s’en venir à la lumière ; le monde les voit passer souvent sans les connaître, et le sceau de la tombe, un jour, les remmure dans le néant d’où elles étaient sorties trop tard. En vain on accrédita autour d’elles que leur rêve n’est qu’un mensonge, en vain l’existence et les hommes le leur prouvèrent à l’envi : les voyants gardaient leurs yeux clos sur la vie, et tout leur être s’éblouissait sous la splendeur de l’idéal. Lorsque autour d’eux on riait de leur songe, ils souriaient de pitié douce et ne protestaient pas, afin de subir moins longtemps l’inutilité du mépris. Et c’est jusqu’à la mort qu’ils cheminent ainsi, au milieu des railleries, des échecs, des coups de sort, au milieu de l’injure ou de l’indifférence, inaccessibles et blancs comme des fantômes de vierges. Qu’importe qu’ils se trompent, ceux-là seuls sont bénis ; et si quelque soir la vérité s’écrase sur eux, ils tombent avec leur foi qui reste intacte, rayonnante, telle qu’un diamant sous les marteaux, et achèvent de mourir sans renoncer leur rêve !