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Il s’agissait bien, maintenant, des douleurs d’un ami ou des désespoirs d’un époux, sur lesquels sa faiblesse de femme s’était alarmée un instant ! C’est la lutte ! Eh bien, aux armes ! Elle aimait mieux cela, la petite guerrière aux prunelles d’acier, et dans le premier cri de bataille, l’égoïsme remonta sur son âme, avec l’épée au poing et la colère aux yeux.

De sa fenêtre, elle vit, comme la veille, les deux hommes qui cheminaient dans le jardin, à côté l’un de l’autre : Pierre marchait, très calme ; Georges avait une allure incertaine et pesante.

— Que de choses en si peu d’heures ! Hier, j’ai cru qu’il était perdu pour moi, et c’était le matin du jour où il devait abdiquer sous mes pieds. Qui sait ? Je me crois perdue à mon tour, et je pourrais bien n’avoir jamais été plus forte… Mais non, il parlera, le lâche ! Qu’il parle donc, je répondrai !

Les frayeurs du matin avaient trop despotiquement dompté cet être intolérant pour que la réaction ne fût pas indignée et la révolte violente.

Elle répétait « Lâche ! » comme si sa prévision eût été un acte accompli.

— Lâche !… Bah ! Les hommes le sont tellement, que celui-ci ne dira rien.

Donc, qu’il confessât ou qu’il se tût, le même mot le flétrissait : « Lâche ! »

— Descendons : je serais curieuse d’entendre ce qu’ils se disent.

Mais devant cette résolution, l’inquiétude reparut,