Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— J’ai un amant !

Cri d’ivresse, déjà, où la honte n’osait plus se mêler !

— Suis-je à maudire ? L’adultère des maîtresses est plus coupable que le nôtre ; la liberté et l’indépendance de leur vie rendent inexcusable chez elles ce que les nécessités de la loi rendent inévitable chez nous.

« Inévitable ! » Un mot si lourd ne l’épouvantait pas. Elle allait de chambre en chambre, avec l’impatience nerveuse d’un premier rendez-vous, comme si elle eût encore attendu quelque chose ou quelqu’un.

Et ce nom de maîtresse était-il assez beau ! Maîtresse ! Celle qui commande et qu’on adore, à qui l’on obéit avec reconnaissance quand elle daigne laisser tomber l’ordre de son caprice : une manière de reine et d’idole, impériale et divine à la fois. L’épouse est une esclave, mais la maîtresse !

Tout la ramenait à sa joie triomphante : elle s’arrêta dans le salon devant une aquarelle de Béthune, où, sur le bord de la mer, se dressait, exquise et frêle, une Parisienne dont le vent secouait les jupes légères : « Le néant devant l’immensité. »

— Le néant ! Cela vous plaît à dire, messieurs ! Qu’êtes-vous donc auprès de nous, qui sommes si peu près de la mer ? Voilà ce qu’il fait de vous, le néant !

Et, dans un geste gamin, elle fit claquer ses doigts en relevant le coude.