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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/225

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La résolution d’agir soulage comme l’exécution même ; il semble que ce devant quoi on reculait soit déjà accompli, parce qu’on est enfin déterminé à l’accomplir : en se débarrassant de l’irrésolution, l’homme se débarrasse de la crainte, pire que le danger, puisqu’elle est le danger grandi.

Il tira sa montre.

— C’est merveilleux, je n’ai pas faim… mais j’ai bien soif, en revanche.

Il arrachait des herbes et en mâchait bestialement la tige amère.

— Où diable pourrait-on boire ?

Il inspecta l’horizon, puis, se couchant sur son coude :

— Bah ! Demain je n’aurai faim ni soif… Ma foi, que d’autres pleurent, si cela les amuse : moi, je serai bien tranquille…

Il répétait avec une insouciance presque gaie : « Les autres… » Mais il se souvint que Pierre allait être dans ceux-là, seul, avec sa vie empoisonnée, seul face à face avec le désespoir, la jalousie, la honte, la rancune au bonheur qui mentait, avec tout l’enfer, seul !

— Et tu oserais mourir, lâche, après avoir fait cela ! Lève-toi donc et va-t’en souffrir, Caïn ! Je te défends de devenir mort, entends-tu ! Allons, debout et rentre à la maison ! Tu en as pris pour toute sa vie et toute la tienne, garde ta part !

Il se leva, et résolument, il revint en arrière ; il