Ouvrir le menu principal

Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/214

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sevré d’amour, le laissa trop paraître. Il n’eut pas la sagesse de comprendre que dans l’état d’âme où se trouvait Merizette, tout ce qui ne s’adressait pas à elle devenait une provocation. La Parisienne le savait et se faisait de tous ces jeux un plaisir infini. « Les hommes les plus intelligents sont des sots qui ne voient rien. » Une véritable sympathie s’établissait pourtant entre elle et lui. Soudain, Jeanne crut percevoir que sa présence les encombrait, et qu’ils eussent désiré être seuls. Ce fut le dernier coup. Elle était blême… Jamais son amour-propre ne fut soumis à une si cruelle épreuve : pour la première fois, on la bafouait, on se liguait contre elle, devant elle : elle en eut la ferme conviction. Elle concentra son énergie dans une affectation de gracieuseté ; sous cette contrainte, sa colère s’envenimait encore. Trois heures ! Elle ne partira donc plus ! Jeanne, oubliant de se juger en même temps, était scandalisée par l’impudence de cette autre femme. Elle la regardait avec une répugnance vertueuse, un dégoût bien sincère : cependant, puisqu’on semblait désirer Georges, elle le désira… Mais elle le détestait… Quatre heures !

La sous-préfète annonça son départ.

— Déjà ? répondit la comtesse.

La Parisienne salua, avec un sourire ironique ; Jeanne voulut à son tour la railler d’un défi.

— Si vous m’en croyez, vous ne monterez en voiture qu’au tournant de la côte : la route est jusque-là mauvaise pour les chevaux, et monsieur Georges se