Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Pierre entra : ils se levèrent.

— Vous avez bien fait de ne pas m’attendre, et je vous remercie.

Chacun s’avança vers lui, avec une torture au cœur. Il leur serra les mains, et comme il portait sa bouche vers la tempe de Merizette, sa femme le prit au cou et lui donna un long baiser. Pour Georges et Jeanne, c’était l’amende du pardon, le ferme propos de courage, et l’humble offrande d’une caresse qui devait en eux effacer l’autre.

— Te voilà donc mieux, ma chérie ? Avons-nous été sages ? Contez-moi ce qu’on a fait.

Jeanne renvoya les domestiques, et voulut avec Georges demeurer seule à servir son mari. Tous deux s’empressaient à ses moindres désirs, et par degrés le calme leur revenait. Depuis leur convention muette, sincères et résolus comme après un serment, ils affermissaient, avec la confiance mutuelle en leur force, la certitude d’accomplir le devoir jusqu’au bout.

Puis, par une progression émue, cette paix devint aimante, délicieuse. Ils s’unissaient plus étroitement dans la tendresse plus grande qu’ils vouaient à l’ami commun, et qui, réchauffée par le sentiment de la faute, s’exaltait pour s’absoudre et s’idéalisait. Leur double pensée se confondait tellement dans cette pensée unique, qu’ils n’avaient pour ainsi dire qu’une seule âme ; et cette communion croissante, la première, en les rassurant sur le vœu de leurs cœurs, les