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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/191

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délices, ils restèrent là. Jeanne, en ce moment, d’un coup, vit comme Georges toute la grandeur du crime avec lequel jouait son inconscience ; dans le même instant elle sentit l’amour et la faute, et sa première terreur ne s’éveilla que de son premier désir. Tous deux frémissaient, éblouis par cette caresse, qu’il n’avait pas attendue, et qu’elle attendait sans la deviner telle. Ils tremblaient d’ivresse moins encore que de crainte… Personne ! Nul bruit ! Toute la terre faisait autour de cette chambre une solitude d’ignorance et d’oubli. Jeanne, appelée par elle et malgré elle, allait franchir le seul pas qui les séparait : elle le sentit.

— Sortez, mon ami, sortez, soupira-t-elle avec une langueur suppliante.

— Vous voyez bien qu’il faut que je parte !

Il s’éloigna sans retourner la tête, et Jeanne, chancelante, s’affaissa parmi les coussins d’un divan. Son cou fléchissait ; et dans le grand silence qui l’épeurait, elle rêva sans rêver à rien.