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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/187

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Elle minaudait :

— Tentez l’épreuve.

— Soit ! J’irai trouver Pierre, et je raconterai…

— Allons donc, mon cher ! Vous êtes assez lâche pour le désirer, mais vous êtes trop lâche pour l’oser… Je vous connais par cœur. Vous iriez dire à votre ami : « Ta femme accepte dans la rue la déclaration des coureurs d’aventures ! » Car c’est ce que vous pensez, mon beau viveur ! Mais il fallait parler au premier jour ! Essayez donc maintenant ! N’avez-vous pas mangé deux mois à notre table, et sans rien dire ? Ce qui pourrait, ne semble-t-il pas, éveiller quelque légitime soupçon sur la durée de cette intrigue… Monsieur me fera-t-il l’honneur de penser comme moi ?

— Mais que voulez-vous donc ?

— Rien ; me désennuyer… Vous commencez seulement à m’égayer un peu.

— Tenez, ceci est une dérision ou une telle infamie !

Elle éclata de rire.

Il dit simplement : « Je vous supplie… »

Mais il ne put rien ajouter. Ils se reprirent à marcher en silence, et si longtemps que Jeanne elle-même en fut embarrassée. Dans les minutes d’une situation si fausse, elle reconquit peu à peu son tact féminin, et, comme elle se sentait maintenant la plus forte, elle perdait sa colère. Elle aurait bien voulu qu’il parlât ; elle aurait voulu n’avoir rien dit. « J’ai l’air