Ouvrir le menu principal

Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/184

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Demain, sans doute.

— Ou dans un mois ?

— Je regrette de ne pouvoir profiter davantage d"une hospitalité…

— Vous en profiterez !

Il s’inclina.

— Trêve d’hypocrisie ! Nous nous connaissons, n’est-ce pas ? et nous pouvons nous regarder en face. Je suis maîtresse ici, j’espère ! Il me plaît que vous ne partiez pas, et me déplaît d’en dire les raisons. Donc, vous resterez là.

Ces verbes d’autorité soulageaient sa faiblesse.

— J’ose croire que vous vous trompez, madame.

— M’insulterez-vous aussi ? Vous vous imaginez donc qu’on vient chez une femme, qu’on la guette, qu’on la vilipende, qu’on la prend comme jouet, comme victime, deux mois durant, qu’on fait de sa maison, Dieu sait quoi, sous ses yeux, qu’on remplace son ennui par… par tout, et qu’il suffit de refermer ses masses pour que la farce soit finie… À mon tour, maintenant !

— J’avoue…

— Qu’avouera-t-il ? M’avez-vous assez tourmentée, méprisée ? Maintenant encore ! Mais voici la revanche, mon cher !

Des souvenirs âpres lui revenaient en foule : toutes ses anciennes rancunes se réveillaient l’une l’autre sous la chaleur de sa parole, semblables à des serpents qui se détordent. Elle faisait en elle des découvertes de souffrance et de haine : sa propre voix lui