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yeux et sa voix, la double force de sa jeunesse et de sa volonté remontait ainsi qu’une marée.

La réserve de Desreynes l’impatienta d’une intolérable façon.

— Cueillez-moi quelques fleurs, je vous prie.

Les derniers muguets étoilaient les gazons. Il se baissa, cueillit les fleurs, et les présenta en saluant. Elle flaira le bouquet et le jeta, Georges gardait une respectueuse impassibilité.

Jeanne fut lassée la première de ces vaines impertinences, et sa colère féminine s’exaspérait normalement au spectacle de la sérénité qu’on lui opposait. Le calme au milieu des insultes n’est-il pas la suprême insulte ? Tant de mépris suppliciait la jeune femme et affolait sa pensée : elle était de ceux que la résistance de la matière inerte blesse et courrouce plus que la pire hostilité, et elle ressentait en présence de Georges cette sourde mais fougueuse rancune qu’elle avait tant de fois éprouvée devant l’ironie d’une pierre ou d’un chiffon ; sa raison agonisait sous un trucidant besoin de punir. Elle ne calcula plus, et tournoyant au hasard dans le vestige de ses passions, elle lançait ses phrases comme des pierres dans un gouffre.

— C’est tout ce que vous avez à me dire, mon cher ? Votre société est d’un charme assez mince !

Desreynes restait muet. Il voyait sans dépit croître cette animosité.

— Quand partez-vous ?