Ouvrir le menu principal

Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/181

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gerait leur vie sans les rendre infidèles, d’un bonheur coupable qui pourrait être sans reproche, celle-ci eût désiré l’amour à cause du mal, et la trahison pour elle-même ; le baiser ne serait plus un but, mais un moyen : comme d’autres trompent pour leur amour, elle eût pris un amour pour tromper ; mais si délicieusement et avec tant d’inconscience, malgré tous les calculs qu’elle s’acharnait à faire !

Elle dormait.

Georges fut debout le premier : il voulait suivre Pierre et ne plus se trouver seul en compagnie de Jeanne.

— Je t’accompagne, dit-il, quand son ami parut.

— Merizette est mieux, ce matin ; comme je rentrerai tard, elle te prie de rester avec elle.

— Mais j’aurais bien aimé…

— Moi aussi… aujourd’hui surtout… je ne sais pourquoi … mais pouvons-nous, égoïstes, refuser ce plaisir à ma pauvre malade ? Au revoir !

D’Arsemar s’éloigna en ouvrant son courrier : Desreynes, immobile, le regardait.

— Georges ! Georges ! s’écria Pierre qui agitait une lettre. Dernière heure ! Barraton est au rôle de la cour ; jugement demain. Dis-le à Elle.

Desreynes attendit. Que voulait-elle encore ? Au moins, il courrait loin avant deux jours, demain peut-être. Il régla sa conduite et ses attitudes.

Jeanne ne descendit que trois heures plus tard. Ses yeux étaient bistrés, son teint pâle.