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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/171

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point là un réel bénéfice, puisqu’on y pourrait voir une preuve un peu blessante de son indifférence ? Il alluma un cigare.

Mais bientôt il croisa la servante, qui revenait du parc, tout en pleurs. Il l’interrogea ; elle sanglotait à chaque parole. Madame l’avait traitée comme une misérable, comme la dernière des dernières.

— Elle a failli me battre ; elle jure que je finirai dans de mauvais endroits ; je suis une honnête demoiselle, et personne n’a jamais rien dit de pareil ; ah ! si mon père avait entendu ; quel guignon de servir chez les autres ! elle me chasse comme un roquet ; c’est à cause de vous…

Elle suffoquait en d’énormes soupirs d’enfant. Georges écoutait, un peu ému, deux fois peiné, et par ce chagrin dont il était coupable, et par une intolérance trop passionnée pour n’avoir pas d’autre raison que les simples susceptibilités de morale. Il consola la Flamande avec des phrases bienveillantes, et promit de réparer le malheur. Mais il prenait moins garde à elle qu’à ses propres affaires.

À ce moment, la comtesse longea la lisière du bois ; Georges demeura près de la servante, et, révolté à l’idée d’une police, il affecta de retenir la pauvre fille. Jeanne les regardait : à son indignation, elle sentit se mêler une douleur presque découragée, devant un si calme mépris de sa présence ; elle vit Desreynes se pencher vers la bonne qui pleurait, lui tendre la main, comme un ami, et s’éloigner, tranquille, tournant le dos au bois