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voyait la délicatesse d’un ami qui veut rester fidèle, mais par-dessus tout l’émotion d’un amoureux qui se cache à lui-même son propre amour. Comme elle se faisait humble ! Comme elle devenait sororale, afin de conserver le droit des câlineries innocentes, qu’elle donnait en sœur pour qu’on les perçût en amant !

Georges s’y dérobait de son mieux, et plus d’une fois il eut la pensée d’y mettre un terme par une phrase, si difficile à faire ! La crainte du ridicule l’arrêta. Ses anciens soupçons étaient-ils déjà trop loin de lui pour qu’il pût y revenir encore ? Ou le charme de la femme l’avait-il pénétré à ce point qu’il n’eût plus sa libre analyse ? Tout à la fois, sans doute : car la femme abêtit notre raison entière, et ceux qui la méprisent le plus restent ses premières dupes et ses premiers esclaves. À celui-ci, celle-là ne paraissait qu’imprudente en ses enfantillages ; dans une naïveté stupide, qui nous est propre et qu’ignore l’autre sexe, il craignait, par une parole maladroite, de donner à Jeanne l’idée du mal, dont elle se trouvait pleine et tout obsédée.

Il s’écartait, en se forçant à rire, et Merizette lui agaçait le visage avec une grappe de lilas.

— Georges, vous allez me rendre un service.

Elle se leva et lui enjoignit de rentrer à la maison, pour envoyer au pavillon sa femme de chambre et un peignoir.

— Je l’attends là-haut. Vous viendrez me prendre après la douche et nous irons courir.