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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/126

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II


Ils n’estaient ny amis l’un
de l’autre, ny amis à eulx-
mêmes.

Montaigne.



Mme d’Arsemar avait la voix fort belle, et la musique était à peu près sa seule passion sincère. Au piano, devant ces pages tachées de points noirs et coupées de lignes, elle reprenait vraiment son âme féminine, et savourait l’unique jouissance, encore profonde, qui demeurât possible à cette désorientée : souvent elle s’enfermait chez elle pour jouer ses mélodies favorises ; elle oubliait et s’abandonnait ; c’était comme une régénération : elle en sortait naturelle et meilleure : pour peu de temps.

En cet art seul aussi elle avait avec Pierre une vibration commune : Rubinstein, Beethoven, Berlioz, Wagner étaient leurs auteurs préférés ; Chopin par-dessus tous. Ils passaient, le soir, de longues heures à chanter. Desreynes tournait les pages : il avait de longtemps appris ce rôle nécessaire à ses bonnes fortunes, et personne ne savait mieux que lui cambrer