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rire étouffé, le rassura ; il voulut néanmoins se venger de l’audace, et replaça le baron sur ses textes favoris d’éloquence. Le causeur devint sublime. Enfin, il déclara, en manière de compliment, que rien n’était tel, pour une nature comme la sienne, qu’une semblable après-midi, entre un homme d’esprit et une jolie femme. Puis il se retira, content de lui, sûr de sa double conquête, et salua du haut de son cheval.

Jeanne était pleine de joie ; elle possédait le Parisien rêvé autrefois dans l’hôte inconnu : elle aurait voulu que Georges restât toujours ainsi. Quelles heures ! Elles lui semblaient d’autant plus charmantes que tout n’avait qu’un fond de malice et de mépris. Elle ne regretta pas d’avoir été aperçue quand le baron lui pressait la main : ce n’était là qu’un thème de plus à tant d’hilarités, et telle sottise ne saurait compromettre une femme aux yeux d’un galant homme. Elle imagina pourtant d’en paraître inquiétée, et s’excusa, se défendit, afin d’être crue un peu coupable, et d’éveiller, s’il était possible, quelque vague jalousie.

Le soir venait. Le couple gravit l’un des coteaux voisins ; et, dans la sérénité du couchant, Jeanne, déjà conquise par sa jeune gaîté, acheva presque d’oublier la rancune. À force de prévenances et d’affectueuses mimiques, elle touchait le point de se leurrer elle-même, et déjà croyait porter à Georges une véritable sympathie, troublée pour une semaine par un malentendu. En une heure son hostilité s’effaça comme en plusieurs jours de patience, et avant que