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il songeait à la vie de Pierre, il attendait. Mais comme les jours passaient sans rien amener, il s’intrigua, devint plus assidu, plus caressant encore.

Jeanne était obsédée de le voir prévenir ses moindres fantaisies ; ce qui l’eût séduite en d’autres temps la révoltait comme une insulte, à cause de la raison qu’elle devinait à ces bontés. La galanterie l’eût charmée, l’affection la froissait. Et plus l’ancienne animosité de Georges s’en allait mourante, plus la sienne grandissait. À ses pieds, il l’avait vue, humiliée et pleurant ! Elle l’aurait battu, pour sa tendresse. Certes, elle aimait mieux la lutte des premiers jours.

Elle se souvenait bien, pourtant, d’avoir été presque heureuse, ce matin-là. Du bonheur à ce prix, non, non, elle n’en voulait plus !

Georges, soit qu’il eût enfin un soupçon de la vérité, soit qu’il fût las de ses efforts inutiles, se remit à plus de réserve. Jeanne en fut soulagée ; mais la vie, maintenant, lui apparaissait, avec cet hôte, aussi banale qu’auparavant. Pour se distraire, elle inventa de donner un dernier bal, et l’amour de cette idée nouvelle dispersa aussitôt sa pensée et occupa toute sa tête.

Desreynes s’en allait parfois en compagnie de son ami, qu’il suivait aux ateliers, et c’était alors une délicieuse matinée. Georges appelait cette fête le jeudi de sortie : c’était congé ! Auprès de Jeanne, il avait le devoir et la tâche.

La dame se calmait.