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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/109

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intérieure, profonde qui jusqu’ici avait fait de la pauvre femme un être glacial et inquiet : passée, puisque les larmes avaient coulé ! Georges s’en félicita presque comme de son œuvre. Son imagination s’échauffant, il vit Pierre sauvé, Jeanne sauvée, et pour jamais.

Avec effusion il la remercia de sa confiance, la caressa de mots émus, l’interrogea encore, afin qu’elle eût tout dit en une fois, puisqu’elle parlait maintenant sans souffrance ni effort.

— N’avez-vous pas froid ? Vous frissonniez, tantôt.

Ils marchèrent.

— Pierre va rentrer : il ne faut pas qu’il voie que j’ai pleuré.

Ils s’en allèrent au bassin d’une source, où Jeanne voulait laver ses yeux rougis ; elle se pencha vers l’eau et tendit les deux bras ; mais elle s’arrêta dans son geste et se redressa, toute rose : elle avait peur de plonger ses mains dans la fraîcheur de l’eau.

— Aidez-moi, dit-elle.

Des acacias formaient toiture.

Merizette offrit son mouchoir, dont Georges baigna le coin, et, debout devant elle, il lui mouilla les yeux. Cambrée, le buste en avant, Jeanne levait le visage. Elle avait fermé les paupières, et, par instants, remuait les cils où tremblait une goutte ; un long fleuve serpenta jusqu’à ses narines, et, chatouillée, elle les fronçait furieusement en secouant la tête, comme une jeune chatte dont on agace les oreilles. Tous deux