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érudition sans bornes. Il est très facile de faire fi de cette revêche, mais l’acquérir, bernique ! Ce serait trop dur et trop aride pour nos cerveaux amoureux de tout ce clinquant qu’on attrape à la volée. Allons, demain, quand Hugo nous aura quittés et que vous vous reposerez, ce sera bien fini, nous aurons encore des photographes et des enlumineurs, mais plus de peintres, et par peintres j’entends non pas les barbouilleurs qui s’intitulent ainsi, mais ceux possèdent la couleur et l’appliquent à bon escient. Eh ! certes, le rouge, l’écarlate, voire le bleu plaisent à tout le monde, mais faut-il n’en pas mettre partout et les distribuer congrûment. Tonnerre de Dieu ! comme dit notre excellent ami Zola, la littérature n’est point chose aisée. Ou commence-t-elle ? ou finit-elle ? Comment la régler ? En l’an 1900 personne ne le dira. Le tempérament aura tué la science, et sans la science qui n’ânonnera point un brin ? Plus je vais, moi, qui, d’après vous, suis le bon Cladel, et plus je me figure que pour un livre, ce qui s’appelle un livre ! vingt ans de travail suffisent à peine. Il est vrai que j’appartiens à ce clan des trébucheurs qui ne savent à quel mot s’accrocher pour ne point choir ; or, voilà par exemple ! une maladie peu contagieuse et que n’attraperont pas ceux qui n’en ont pas le germe en naissant. Ah ! troubleur que vous êtes ! où diable avez-vous pris ce rutilant pinceau dont vous brossez vos toiles, les petites comme les grandes, et cette sobriété que certains latins vous envieraient ? Être à la fois Chateaubriand et Stendhal, et de plus Flaubert, voilà qui roule et vous nous roulez. Merci !

Votre

L.-A. Cladel______


14 mai 1877.


Oui, mon cher ami, j’ai, il y a près de quinze jours, reçu tes Trois Contes et les ai dévorés ; depuis il ne m’a pas été possible de les relire, mais je me propose de me donner ce plaisir à bref délai et de les déguster le plus longuement possible, car ils m’ont fort séduit, et je ne crois pas que tu aies jamais rien écrit de