Ouvrir le menu principal

Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/89

Cette page n’a pas encore été corrigée


p86

Et il se mettait à rire aussi. — je suis las de tout ; il faut donc mourir. Quels sont ces esprits qui m’ont conduit où j’ai été ? Satan se présente à lui et lui dit : — c’est moi, c’est moi, je suis le diable ! Smarh fut tout épouvanté et faillit mourir.

SATAN.

D’où te vient cette horreur ? Pourquoi me craindre ? Si je voulais, je t’emmènerais déjà dans mon enfer, où ta chair repousserait toujours pour brûler toujours, car tu t’es donné à moi depuis longtemps. N’as-tu pas maudit la vie ? N’as-tu pas ri de la création ? N’es-tu pas plein de doute et d’ennui ? Il n’y a de bonheur que pour ceux qui espèrent dans la joie de leur foi. As-tu compris une seule des choses que tu as vues ? As-tu senti tout ce dont tu dis que tu as dégoût ? Que sais-tu de la vie ?

SMARH.

Je croyais l’avoir connue et, en effet, je vois qu’à peine je l’ai vue ; je crois toujours voir la lumière, et puis tu me replonges dans l’ombre. Non ! Je ne vois plus qu’un horizon noir, obscur et vague.

Tiens, regarde ! La cendre me vient jusqu’au ventre, le soleil s’est couché, il n’y a plus sur la plaine qu’une teinte morne et rouge, comme le reflet d’un incendie éteint. Dis-moi donc si l’horizon ne s’éclairera pas et si le soleil dormira toujours dans les ténèbres ? Où veux-tu que j’aille ? Et pour quoi faire ? Me donneras-tu des prairies pures, des océans sans tempête, une vie sans amertume et sans vanité ?

SATAN.

Non ! Je veux au contraire que les tempêtes et les vanités soufflent dans ton existence comme le vent dans la voile, t’entraînent vers quelque chose d’immense, d’inconnu, et que moi seul je sais.