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Oh ! Tu ne sais pas des joies, des voluptés, des raffinements de plaisir ! Ton âme sera élargie et sera doublée, des mondes y entreront et tourneront en toi. Entends-tu la danse des femmes nues qui sourient, qui t’appellent ? Oh ! Si tu savais comme elles sont belles, comme leurs corps ont de l’amour ! Elles te prendront, te berceront sur leur poitrine haletante. Entends-tu le bruit des armées, et les chars d’airain qui roulent sur le marbre des villes ? Entends-tu la longue clameur des peuples civilisés ? Le sang ruisselle, viens donc à la guerre !

Et ils t’élèveront sur un trône, c’est-à-dire que tu étais libre et tu seras roi ; tu verras sous toi, à tes pieds, des armées et des nations, et quand tu frapperas du pied tu broieras des hommes. Tu auras de larges festins, où l’ivresse s’étendra sur ton âme ; ce sera des nouveaux mets, des nouveaux vins, des frénésies inconnues.

Allons donc ! Entends-tu les coupes d’or qui bondissent, et les dents qui claquent sur le cristal ? Entends-tu la volupté, la puissance, l’ambition, toutes les délices du corps et de l’âme qui te parlent, qui t’attendent, qui te pressent, qui t’entourent ? La nuit vient, les étoiles montent au ciel, le vent s’élève, les feuilles roulent sur l’herbe, marche ! Et tu iras en avant, toujours, jusqu’à ce que tu tombes à la porte d’un palais d’or.

LE SAUVAGE.

Adieu donc, adieu ! Je pars pour le désert, le vent me pousse avec le sable.

Je vois déjà l’oasis, j’entends les chants du festin. Adieu Haïta, adieu mes enfants, adieu ma cavale, adieu les bois, adieu les torrents !

Une voix m’a dit : marche ! Et il y avait en elle quelque chose qui m’attirait et me charmait, adieu ! Adieu !