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LE PRINTEMPS, au régisseur.

C’est drôle ! ils sont assis tout le temps, et l’amoureux dit qu’il est aux genoux de la demoiselle… voilà une pièce qui est mal mise en scène.


GÉRALD, continuant la pièce.

Tu m’aimes donc ?


BERTHE.

Tu m’aimes donc ? Je t’aime ! Et quel sort est le nôtre !
Nous ne pourrons jamais être unis l’un à l’autre !
Car ton père a frappé le mien.

Gérald s’endort.


LE PRINTEMPS, regardant Gérald, au régisseur.

C’est un temps !


LE RÉGISSEUR.

Oui, un temps de la Comédie-Française.


LE PRINTEMPS.

Je crois qu’il est temps de le réveiller.

Le régisseur touche le bras de Gérald, celui-ci s’éveille et continue.


GÉRALD.

Car ton père a frappé le mien. Père maudit !


BERTHE.

Rodrigue ! qui l’eût cru ?


GÉRALD.

Rodrigue ! qui l’eût cru ? Chimène, qui l’eût dit ?


LE PRINTEMPS, interrompant.

Pardon ! pardon ! mais c’est le Cid qu’il récitent là, c’est le Cid ! (A Gérald et à Berthe.) Mes enfants, vous êtes en plein cidre. (Il se reprend.) En plein Cid.


LE TROISIÈME RÉGISSEUR.

Ça ne fait rien, monsieur, c’est la même situation que dans le Cid. La scène est exactement identique et les acteurs sont si fatigués qu’ils disent ce qu’ils se rappellent le mieux. Vous comprendrez tout de même.


LE PRINTEMPS.

Qu’ils continuent donc !

Son de cor.


GÉRALD.

Du bruit ! le rossignol, qui chante sur ma tête !


BERTHE.

Non, pas le rossignol, ami, c’est l’alouette !


LE PRINTEMPS.

Pardon ! cette fois, c’est Roméo et Juliette. (A Gérard et à Berthe.) Vous jouez Roméo et Juliette


LE TROISIÈME RÉGISSEUR.

Puisqu’on vous dit que c’est toujours la même situation ! Etes-vous assez taquin !

Son de cor.


BERTHE, reprenant la pièce.

Cette fois, c’est quelqu’un.