Page:Grandville - Cent Proverbes, 1845.djvu/408

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
314
IL NE FAUT PAS BADINER

Elle commença à natter ses cheveux, et dit en se retournant à demi vers le garçon coiffeur :

— Savez-vous bien, monsieur Saint-Preux, que vous ne paraissez pas fort habile dans votre état ?

— Hélas ! Madame ; ce n’est peut-être pas absolument ma faute.

— Comment cela ?

— J’ai toujours eu en moi un obstacle qui a nui à mes progrès.

— Et quel est cet obstacle ?

— Madame, c’est le sentiment.

— Le sentiment ! s’écria-t-elle en éclatant de rire ; qu’entendez-vous par là ?

— J’entends, Madame, une émotion dont je ne suis pas le maître, lorsque j’aurais besoin de toute ma présence d’esprit ; car vous n’ignorez pas tout ce qu’il faut de sang-froid, quand on tient le fer à papillotes, pour ne pas brûler la personne que l’on coiffe, et souvent pour ne pas se brûler soi-même… Eh bien ! moi, Madame, alors ma main tremble, mon cœur bat, et il m’arrive ce qui m’est arrivé tout à l’heure avec vous ; on se fâche contre moi, et l’on me rend ainsi encore plus gauche que je ne le suis réellement. Cependant, je sens que si j’avais le bonheur d’être compris…

— Vous êtes donc incompris ? ajouta-t-elle toujours avec le même sérieux. Elle était décidée à s’amuser quelques instants du plaisant original que le hasard lui avait amené. D’ailleurs, n’était-ce pas le carnaval ?

— Riez tant qu’il vous plaira, Madame, de ma folie ; mais est-ce ma faute si mon cœur n’est pas ce que ma