Page:Grandville - Cent Proverbes, 1845.djvu/323

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
247
MAIS L’ABEILLE PIQUE.

J’excelle à lancer au milieu des quilles un globe pesant, et les Nymphes elles-mêmes qui cancanent au clair de lune sur le mont Cythéron n’ont pas plus de grâce que moi lorsque je danse à la fête du village aux sons de la musette à pistons. Tu seras ma sultane, mon Andalouse, mon Albanaise au pied léger. Veux-tu me suivre ? de grâce, réponds-moi.

Chloé. — Adressez-vous à ma mère.

Daphnis, lui prenant la main. — Ah ! divine Chloé !

Chloé. — Eh bien, Monsieur !

Daphnis, voulant lui prendre la taille. — Oh ! délirante bergère !

Chloé. — À bas les pattes !

Daphnis. — Tu repousses ton époux ?

Chloé. — Vous ne l’êtes pas encore.

Daphnis. — Laisse-moi prendre sur tes lèvres un baiser.

Chloé, le repoussant. — J’entends du bruit…

Daphnis. — C’est ce bois qui murmure de joie.

Chloé, se débattant. — Berger, que faites-vous ?

Daphnis, l’embrassant. — Je cueille mon baiser ; que le miel en est doux !

Chloé, le souffletant. — Oui, mais l’abeille pique.


(La joue de Daphnis se gonfle ; la bergère s’enfuit derrière les saules. On les perd de vue tous deux. Artémidore sort de sa retraite.)


----


Artémidore. — Palsembleu ! Les Muses me gâtent. C’est évidemment pour moi qu’elles ont conduit ces deux indi-