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QUI SE COUCHE AVEC DES CHIENS

milieu de ses amis, sans bagues, sans bijoux, sans épée, s’écria le narrateur. Ne vous semble-t-il pas qu’il aura bien perdu ses mille écus ?

— Sans doute, et c’est charmant ! dit Gamboa.

— Il n’y a qu’une petite difficulté, ajouta la senhora Dorothea de Santa-Cruz ; tout est bien prévu, et nous sommes sûrs de nous emparer du marquis de Belcazer si nous pénétrons dans ses jardins ; mais quel moyen avons-nous de nous y introduire ?

— Vous oubliez ma lettre, Madame ! s’écria avec joie dom Bartholomeo ; c’est un talisman qui nous ouvrira toutes les portes. Partons !

— Partons ! répéta toute la troupe.

L’intendant du château avait jadis connu le seigneur Gamboa, père de dom Bartholomeo ; à la vue de ses armes imprimées dans la cire, il ne fit aucune difficulté de laisser passer le jeune gentilhomme et ses amis. Les dames, pour n’être pas reconnues, s’étaient couvert le visage de masques de velours noir ; les cavaliers avaient rabattu leurs chapeaux sur leurs yeux, et tous s’enfoncèrent dans les bosquets. Bientôt ils arrivèrent à l’endroit où la barque du marquis était amarrée. — C’est ici, dit dom César ; cachons-nous derrière ces buissons, et attendons.

On se blottit au milieu des haies ; dom Bartholomeo était à côté de dona Dorothea de Santa-Cruz, si près, si près, qu’une feuille de rose n’aurait pu se glisser entre elle et lui. Le soir vint avec ses ombres mystérieuses. On entendit marcher dans les allées ; le gravier craquait sous les pieds des promeneurs.

— C’est lui ! dit dona Dorothea. Voyons, seigneur