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MOINE QUI DEMANDE POUR DIEU

de satin ; c’est apparemment pour faire en plus galant équipage les honneurs de ses bals charitables.

M. de Plantade ne répondit rien ; mais, prenant le bras de sa femme, il l’entraîna vivement après avoir lancé un regard furibond à son jeune parent.

La plupart des personnes qui auraient entendu Georges auraient fait comme M. de Plantade. En vingt endroits la réputation de M. de Suriac était solidement établie ; on en parlait comme d’un homme austère, grave, voué dès sa jeunesse à l’étude des plus sérieuses questions sociales, qu’on était sûr de rencontrer à la tête des fondations utiles et des comités philanthropiques. Cependant, quelques personnes gangrenées par l’incrédulité du siècle hochaient la tête à cette renommée de vertu ; l’association du dévouement et du luxe, de la richesse et du désintéressement, leur paraissait tout au moins douteuse.

À quelque temps de là, on apprit que madame de Suriac, en l’absence de son mari, avait fait renouveler le mobilier de son hôtel.

— Un bienfait n’est jamais perdu, dit Georges. Voilà ce que c’est que d’organiser des concerts au profit des vignerons grelés.

— C’est bien la peine de médire, s’écria M. de Plantade ; ne sait-on pas que M. de Suriac s’est intéressé dans une entreprise de fers galvanisés qui rapporte de beaux bénéfices ?

— Vraiment, je suis heureux d’apprendre que M. de Suriac possède une de ces charités qui ne vont pas jusqu’à proscrire la spéculation.

M. de Plantade lui tourna le dos.