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METS TON MANTEAU

d’une ville où il y a beaucoup d’oisifs. Mais c’était en outre un des jeunes gens les plus originaux qui fussent du Jockey-Club au Café de Paris.

Son père lui avait laissé une fort honnête fortune, trente à quarante mille livres de rente à peu près, et le titre de baron. Paul avait accepté l’héritage et refusé le titre. À ceux qui lui demandaient la raison de ce dédain, il répondait gravement que la qualité de baron n’allait qu’aux personnes douées par la Providence d’un gros ventre et de lunettes d’or. « J’ai le malheur d’être passablement maigre, ajoutait-il, et le malheur plus grand encore d’y voir très-bien. » La vérité est que Paul ne voulait pas d’un titre dont son père n’avait jamais pu lui expliquer clairement l’origine, le grand-père de Paul étant un riche armateur de Nantes, fort roturier de naissance.

M. Dufresny en agissait largement avec sa fortune. Quand on le faisait jouer, il jouait ; et, s’il perdait quelque argent, il n’y pensait guère. Ses chevaux étaient à tout le monde, et l’on ne pouvait pas dire qu’il eût rien à lui ; rien, pas même mademoiselle Florestine, coryphée de l’Opéra, qui l’honorait de son estime. Au demeurant, il mangeait bien, dormait mieux, riait au vaudeville, s’attendrissait au mélodrame, et trouvait dans un cigare l’oubli de tous les petits ennuis qui s’attachent aux pas des gens fortunés.

Un beau matin, le bruit se répandit que le notaire auquel Paul avait confié ses fonds s’était subitement enfui de Paris. Le soir même, en dînant au Café Anglais, Paul confirma cette nouvelle à ses amis.

— Que te reste-t-il donc ? s’écria l’un d’eux,