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des jeux dans les salons illuminés, puis un souper magnifiquement servi, puis de nouvelles danses et de nouveaux jeux. Les paysans, sous une tente dressée exprès, prirent part aux réjouissances ; ils chantaient des chansons, tiraient des coups de fusil, dansaient, s’embrassaient, buvaient à la mariée.

Au milieu de la plus grande animation du bal, Marcelle disparut sans que personne y prît garde, si ce n’est les hommes entre eux et les femmes derrière leur éventail ; quelques jeunes filles rougirent ; d’autres, méditatives, suivaient des yeux la fuyante traîne de soie blanche. La toilette de la mariée, son attitude, les moindres paroles qu’elle avait prononcées depuis le sacrement, d’une voix bien distraite, ses larmes, ses sourires, ses baisers, tout cela fut passé en revue. Les vieilles femmes, craignant le ridicule, dissimulaient l’émotion des lointains souvenirs ; les jeunes cherchaient dans la foule les regards de leurs maris.

Lélian monta d’un pas ferme et rapide. Il vit les deux portes voisines. L’une était fermée ; l’autre était entr’ouverte : il la poussa et entra. Sans bruit et avec une diabolique adresse, Marceline tourna la clef et poussa le verrou.

Au matin, et comme cela avait été convenu, avant le lever de la maison, Lélian emmena Marcelle. Un carrosse les attendait, attelé en poste.

Après le voyage de noces, qui fut court, pour la bien naturelle impatience des nouveaux mariés à s’installer chez eux, ils habitèrent le château de Lélian.