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et pieusement feutrées. » Mais il y a autre chose que du mysticisme dans cette poésie, il y a un sens très particulier de la tristesse des âmes et de la tristesse des paysages : le poète y perçoit presque toujours ce qui va mourir, ce qui va s’éteindre, ce qui va s’oublier. Il est hanté par la mort. Il sait qu’elle est partout, il sait qu’elle est en lui. Il mourut à quarante-trois ans. Quant au plus curieux de ses romans, Bruges la Morte, il a au contraire ressuscité cette vieille ville, en y attirant de nombreux visiteurs. Grâce à lui, Bruges est devenue presque aussi célèbre que Venise. Ce n’est peut-être pas cela que voulait Rodenbach. Il voulait surtout la faire aimer, en faire sentir le charme mélancolique, le charme mortuaire, si l’on peut dire et à cela il a réussi également, mais