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DRAME.

ſois le monde, ſes dangers, ſa perfidie, tu frémirois de terreur & n’aurois plus de répugnance pour cette retraite.


Le Curé.

Eh ! Madame, ceſſez une ſi cruelle perſécution. Si la ſouffrance trop viſible de cette orpheline ne peut toucher votre ame, ſongez du moins à vos propres intérêts : une fermentation générale agite le Royaume ; nous touchons à la plus importante des révolutions ; les abus, les tyrannies de vos pareilles, Madame, & des nôtres, ont depuis long-tems rebuté les cœurs & aigri les eſprits. La conſtante perſécution produit à la fin l’indépendance, & l’indépendance peut produire des calamités dont ce malheureux Royaume ſe voit menacé. Craignez d’attirer ſur cette maiſon la vengeance des hommes, quelquefois plus prompte encore que celle de Dieu. N’eſt-ce pas à nous qu’il appartient de donner l’exemple de l’humanité & de la juſtice. Le peuple ſait déjà que vous forcez une victime à ſe conſacrer aux autels, & je le vois diſpoſé à la défendre. Il ne faut qu’une étincelle pour produire un incendie, & ſi nous voulons ſauver notre auguſte religion de ſa ruine…