Page:Gouges - Le couvent - 1792.pdf/30

Cette page a été validée par deux contributeurs.
18
LE COUVENT,

tentions, ſait que je ne ſuppoſe point, que je repouſſe même les bruits injurieux à M. de Leuville.


Le Marquis.

Faites mieux encore, renoncez à cette oppoſition, qui d’ailleurs n’aboutiroit à rien, puiſque les vœux de la novice ſont décidément arrêtés entre Madame l’Abbeſſe & moi.


Le Grand-Vicaire.

Songez, enfin, à l’intérêt du Ciel qui attend ce nouveau triomphe de la religion. Laiſſez tranquillement des mains innocentes ſe conſacrer au culte des Autels.


Le Curé.

Ah ! ſi le ſacrifice étoit volontaire, s’il ſe conſommoit dans un âge où la raiſon & l’expérience permiſſent d’en meſurer toute l’étendue ; quoiqu’il répugne à la nature, j’y applaudirois volontiers. Mais à ſeize ans, à cette époque de la vie, où le cœur incertain cherche à ſe connoître, où les premières impreſſions commencent à ſe développer, à cet âge où l’innocence eſt ſi timide qu’elle ploie ſans oſer murmurer ſous le joug qu’on lui impoſe, commander l’abnégation de ſoi-même, ordonner le plus inconcevable de tous les ſacrifices, enchaîner un enfant, aveuglément