Page:Gouges - Le couvent - 1792.pdf/3

Cette page a été validée par deux contributeurs.


PRÉFACE.

J’ai déjà prouvé que depuis ma naiſſance je ſuis perſécutée ; que rien ne m’a jamais réuſſi, & qu’enfin les vraies jouiſſances me ſont inconnues, quoique le Ciel m’ait fait une ame pour en goûter les délices. La littérature eſt une paſſion qui porte juſqu’au délire. Cette paſſion m’a conſtamment occupée pendant dix années de ma vie. Elle a ſes inquiétudes, ſes allarmes, ſes tourmens, comme celle de l’amour.

L’eſclavage des Noirs devoit avoir, d’après les circonſtances, le plus grand ſuccès : ce ſuccès fut empoiſonné par des entraves effroyables & iniques. Pour faire diverſion à mes tourmens, j’arrivai à Verſailles avec tous les Députés de la France ; je donnai aveuglément, & à corps perdu, dans la politique & dans la philoſophie. Mes écrits patriotiques ſoulevèrent tous les partis naiſſans contre mes bonnes vues. À peine j’étois entrée en lice avec les vrais ſoutiens de la France, que les merveilleux de la Cour crièrent à l’audace, à