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LE COUVENT,


Antoine.

C’eſt pour une bonne cauſe qu’vous voulais endoſſer la mandille ?


Le Chevalier.

Oui, il ne me reſte que ce moyen pour empêcher le plus grand de tous les malheurs ; auſſi ce n’eſt pas par irrévérence pour le coſtume de Saint-François que je veux l’endoſſer, mais par néceſſité abſolue.


Antoine.

J’en ſommes certain ; enfin…


Le Chevalier.

Écoute ; Julie, comme tu le ſais, a été élevée dans ce Couvent depuis ſa plus tendre enfance ; mais ce que tu ne ſais pas, c’eſt qu’elle y a été miſe par ordre de mon père, c’eſt encore par ſon ordre qu’aujourd’hui l’on veut la forcer à faire profeſſion. Voilà tout ce que j’ai pu apprendre ſur le ſort de Julie ; le reſte eſt un myſtère. Tu ne connois pas mon père. Violent, deſpote, la moindre réſiſtance à ſes volontés eſt une injure qu’il ne pardonne jamais.


Antoine.

S’il eſt ſi hargneux, comment prendra-t-il votre équipée ?