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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/94

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recevait une entière satisfaction par le paiement d’une amende, sans aucune souffrance pour l’offenseur, quand il existait un tarif pour les différents genres de crime, et que le paiement d’après ce tarif figurait au jugement à la place de la vengeance sanguinaire.

On entend bien souvent cette objection à l’abolition du châtiment criminel : « Par quoi donc le remplacer ? » Au point de vue où se place Tolstoï, cet argument ne mérite aucune attention : si l’on remarquait, par exemple, que la quinine, qu’on administre comme fébrifuge, ne réagit pas dans l’organisme, contre la maladie, mais au contraire l’augmente, se trouverait-il quelqu’un qui affirmât qu’il faille continuer à donner ce médicament contre la fièvre, jusqu’à ce qu’on ait découvert un autre moyen de combattre cette maladie ? Enfin il faut avoir en vue que les regards de Tolstoï sont portés à présent, en parlant au figuré, non autant sur le fait : un homme peut-il arriver à tomber dans un état dans lequel il est capable de tuer son semblable, que sur celui : combien est anormale envers leur prochain, la situation d’individus ordonnant : « tuez, tuez-le ! »

Prenant tout ceci en considération et se fiant au flair de Tolstoï pour discerner ce qui est propre à la nature humaine, saine et vivante et ce qui ne l’est pas, on est forcé de reconnaître que par son sermon pour la défense des condamnés, il ait produit un bouleversement vivifiant dans la question du châtiment.