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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/86

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les qualités de son âme pleine de pardon, voit également la cause de ce crime dans l’aveuglement des hommes : il existe une institution qui commet des cruautés criantes envers son prochain, sans qu’il se trouve de coupables directs.

Les romanciers et les dramaturges ont dû nous montrer l’âme individuelle de criminels, telle qu’à nos yeux, leur dépravation et leur cruauté devenaient fatales, de sorte qu’il ne pourrait être question de leur responsabilité dans le sens de l’application d’un châtiment criminel quelconque, tels sont, par exemple, de types différents, mais sous ce rapport également irresponsables : Macbeth, Richard III, Moor, Raskolnikoff. Tolstoï a su faire la même chose concernant le système pénitentiaire criminel, mais avec cette différence que figure l’aveuglement non d’une âme individuelle mais de l’âme collective d’une société entière. De même que les romanciers et les dramaturges nous ont montré jusqu’à présent leurs héros criminels victimes d’inclinaisons égoïstes et d’intérêts personnels, Tolstoï dépeint la justice criminelle dans sa substance comme une triste et cruelle protection de la part de la société, des tendances et des sentiments égoïstes du citoyen. Cette institution sociale, soi-disant destinée au bien public et à la protection de la sécurité dans la vie commune, est de fait l’apothéose de l’égoïsme et de l’endurcissement moral. Cette institution non seulement engendre les tendances égoïstes mais elle est leur pépinière ; elle élève à la hauteur d’une institution