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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/80

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différentes conditions et je dois être à sa hauteur ».

On a envie de demander à ce serviteur rigide, ce qu’il penserait du devoir professionnel, si l’on exigeait de lui toute absence de pitié envers son petit-fils et sa petite-fille, à cette magnifique paire de bébés que leur jeune mère, avec orgueil, montrait endormis à Nekludoff ? Ou encore : est-elle contraire au devoir professionnel la pitié qu’inspire, par exemple, l’enfant qui, faute de place dans la maison d’étape, dort dans l’anti-chambre, vautré dans la bouillie liquide échappée de la cuve à vidange, sa tête innocente appuyée contre la jambe d’un détenu et dont le seul souvenir empêchait Nekludoff de dormir ?

Les fonctionnaires moins importants ont l’âme pavée plus grossièrement, comme qui dirait par des cailloux laissant entre eux des interstices par lesquels peut, plus tard, se faire jour une source vive. Rappelons-nous à ce sujet les premières lignes du roman :

« Malgré les efforts que se donnaient quelques milliers d’individus, sur un petit espace de terrain, pour défigurer le sol sur lequel ils se pressaient, en le recouvrant de pierres afin que rien ne puisse y pousser, en arrachant la moindre touffe d’herbe, en l’enfumant de houille et de naphte, en abattant les arbres et chassant de leurs terriers et de leurs nids les bêtes et les oiseaux, le printemps restait printemps même en ville ».