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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/60

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coupable de cette injuste condamnation. C’est dans son intrigue peu ordinaire, nous montrant Nekludoff coupable déjà de la vie abîmée de l’accusée, appelé encore à participer au cruel châtiment que lui inflige le tribunal, qu’est renfermée la vitalité de l’idée du roman. Il ne faut donc pas croire que Tolstoï, bâtissant son roman sur une erreur judiciaire ait voulu figurer l’imperfection de nos formes judiciaires, grâce à laquelle un innocent peut être facilement condamné. Une conclusion semblable serait aussi erronée que celle qu’on pourrait faire en se basant sur ce que dans le roman, la modification du sort de l’accusée, qui avait été impossible à obtenir dans les instances judiciaires, l’a été par voie administrative, que Tolstoï a voulu nous représenter les formes administratives au-dessus des formes judiciaires. Ce n’est pas dans la forme extérieure que Tolstoï voit le côté faible du procès criminel, mais dans la base même. Il voit dans sa substance le produit d’une entière indifférence de cœur envers son prochain et seule la tendance égoïste qu’ont les hommes à sauvegarder leurs personnes et l’inviolabilité de leurs biens quelque violence envers leur prochain qu’il leur en coûte. C’est pour cela que la procédure judiciaire, telle que l’a dépeinte Tolstoï, nous fait l’impression que l’œuvre du tribunal s’occupant, soi-disant, à analyser la destinée de l’accusé et à décider de son sort, n’a par le fait aucun lien organique ni avec son passé l’ayant amené à la situation où il se trouve, ni avec son futur sous la