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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/48

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rissait contre son amant et le désir qu’elle avait de se venger de lui, du moins par sa mort à elle, tout cela s’évanouit d’un coup ».

Cette scène décrite de main de maître nous donne la raison pour laquelle Katioucha n’agit pas ainsi que l’héroïne de son récit favori « Le Calme » de Tourguéneff, qui, par suite d’un amour fatal, se jette dans l’étang.

Nous venons de voir que ce qui frappe maintenant le plus Tolstoï dans le tribunal criminel et ce qui le frappait déjà bien des années avant, est que le tribunal ne s’occupe nullement de ce qui, à son avis, présente le seul intérêt pour lequel il vaille la peine qu’il se rassemble et que les questions posées par lui « laissent de côté le point capital d’une œuvre vivante » et « excluent la possibilité de le découvrir ». Ici se pose cette question : ceci est-il dans son imagination le fruit d’un point de vue préconçu ou y a-t-il vraiment dans la réalité des traits autorisant cette généralisation ?

Pour bien comprendre Tolstoï, ayons recours à notre ancien système, supposons-nous témoins d’un tribunal siégeant dans des temps reculés comme si nous y assistions de nos jours. Dans l’antiquité, par exemple, existaient ce qu’on nomme les ordalies. C’était une espèce d’épreuve judiciaire par laquelle les juges se convainquaient de la culpabilité de l’accusé et, selon son résultat, décidaient de son sort. Les ordalies se divisaient en épreuves par l’eau et par le feu. Voici le tableau d’une épreuve par l’eau que nous montrent les